Retour sur le colloque annuel du Master 2

Le thème choisi par les étudiants cette année était « La femme criminelle ».
Après un mot d'accueil prononcé, d'une part, par la directrice du master, Cécile PÉRÈS, et, d'autre part, par Élisa GARCIA-PELAGE, co-présidente de l'association des étudiants du diplôme, la première table-ronde consacrée à "La figure de la femme criminelle" s'est ouverte.
Martine HERZOG-EVANS, professeur de droit privé à l'Université de Reims Champagne Ardennes, a traité de la question suivante « Existe-t-il un genre criminel féminin ou masculin ? ». Cette intervention a permis d'aborder les différentes explications données en criminologie à la très faible représentation de la criminalité féminine dans le phénomène général de la délinquance. Ont été notamment évoquées les dernières analyses actuellement développées dans le domaine des neuro-sciences, de la biologie et de la génétique.
Marie-Sophie BAUD, maître de conférences en droit privé à l'université Panthéon-Assas, a ensuite abordé le phénomène de la criminalité féminine sous l'angle tout à la fois de la sociologie juridique et du droit comparé. Diverses données chiffrées ont jalonné la réflexion et éclairé les débats. L'intervention a également été l'occasion de souligner les rapports du droit pénal et de la sanction pénale à la question du genre de l'auteur de l'infraction.
Isabelle HORLANS, journaliste et chroniqueuse judiciaire, a clos cette première table ronde en traitant le cas des femmes amoureuses de grands criminels, un thème auquel elle avait consacré un ouvrage. À l'inverse des femmes criminelles, les hommes criminels suscitent souvent un vif intérêt, de l'admiration, de l'amitié, voire de l'amour de la part de femmes. Gardiennes ou visiteuses de prison, infirmières ou médecins, avocates, elles sont nombreuses à tomber amoureuses d'hommes condamnés pour des crimes qui devraient pourtant les rebuter ou les effrayer. Fascination pour le mal ou conviction de l'innocence de l'homme aimé, les ressorts de ces passions sont nombreux.
La seconde table-ronde a porté ensuite sur « le procès de la femme" criminelle" ».
Le regard du magistrat a été présenté par Gilbert THIEL, ancien magistrat dont l'intervention a été l'occasion de dresser les portraits de grandes criminelles au cours de l'histoire. Des empoisonneuses aux "découpeuses" jusqu'aux femmes qui participent aujourd'hui à des actes terroristes, les modes opératoires et les motivations de ces femmes sont variés. Ces portraits ont été l'occasion de souligner que les violences commises par les femmes n'ont rien à envier à celles des hommes et que certaines femmes sont guidées par l'appât du gain.
Le regard de l'avocat a été présenté par Jannine BONAGGIUNTA, avocate au barreau de Paris, qui a rendu compte de son expérience dans la défense des femmes criminelles. Cette intervention a notamment permis de souligner les parcours de vie brisés, souvent marqués par les violences subies dès l'enfance, des femmes qui passent à l'acte.
Trois interventions ont été ensuite consacrées à la question de l'incarcération des femmes.
Catherine MÉNABÉ, maître de conférences à l'université de Lorraine, a souligné tout à la fois les difficultés et les spécificités de l'incarcération des femmes en France ainsi que les disparités qui règnent sur le territoire tout en consacrant certains de ses développements à la question du suivi médical des femmes en prison.
Céline CLÉMENT-PETREMANN, aujourd'hui directrice conseil chez Vae Solis, a évoqué l'expérience qui a été la sienne lors de la coordination d'un livre intitulé La prison vue de l'intérieur qui avait pour ambition de permettre aux professionnels de raconter le quotidien de la prison au grand public. Cette expérience a été l'occasion de rencontrer des femmes incarcérées, chacune marquée par sa personnalité, ses souffrances, son parcours.
Bruno CLÉMENT-PETREMANN, directeur de la prison Paris-La Santé, a présenté son point de vue de directeur d'établissement pénitentiaire sur la question. Si les conditions d'incarcération des femmes sont, de façon relative, meilleures que celles des hommes (car la surpopulation carcérale des femmes est moindre que celle des hommes sans être inexistante), l'incarcération des femmes soulève différentes problématiques spécifiques, notamment celle du difficile accès à des activités (travail; études; formation; activités culturelles et sociales) et celle de la présence en prison des enfants auprès de leur mère (jusqu'à l'âge de 18 mois).
La conférence s'est achevée par l'intervention de Janna BEHEL, doctorante en science politique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui a proposé un regard sociologique sur les procès et la réintégration des femmes parties rejoindre une organisation terroriste à l'étranger. L'intervention a permis de rendre compte de l'évolution du regard officiel sur la participation des femmes au terrorisme (du déni vers la prise de conscience de l'institution et la judiciarisation) et de traiter de la question de la réintégration de ces femmes après leur retour.
Un cocktail a permis de clore l'évènement dans une ambiance chaleureuse et conviviale.
Le Master 2 remercie le Laboratoire de sociologie juridique pour son soutien ainsi que Lamy Liaisons, partenaire du diplôme, pour l'écho donné à cet évènement dans les colonnes de ses supports éditoriaux.
La conférence en images